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Lettre ouverte aux 4 375 électeurs de Joël Wilmotte

La victoire du prêt-à-penser

Joël Wilmotte, après avoir déposé son bilan dans le prêt-à-porter, s’est reconverti avec succès dans le prêt-à-penser. Et vous êtes 4 375 à avoir déposé dimanche un bulletin Wilmotte dans l’urne. On parle de plébiscite, de raz-de-marée. En fait, sur 9 509 électeurs inscrits, cela vous place pourtant dans la minorité : 5134 Hautmontois ont fait un choix différent du votre. Mais qu’importe les chiffres. Plus grave est à mon sens la dangereuse mécanique qui porte à l’hôtel de ville, scrutin après scrutin, celui qui vous représente depuis 1989. Mécanique ancienne, d’abord nommée propagande, puis publicité. Propagande, ça fait brun ; pub, c’est plus rose, plus sympa, plus chic. Sympa, chic. Ca vous rappelle rien ?

Nous avons tous notre part d’ombre, notre Mister Hyde, toujours prêt à se réveiller, nos petites haines, nos grosses rancœurs. La pub, en politique, ça consiste à vous donner le beau rôle, à vous faire croire qu’on vous écoute, que vous êtes responsables, quand dans la réalité, on vous retire vos quelques oripeaux de citoyen. Le rôle - noble - du politique, c’est de ne pas laisser nos instincts les plus bas s’exprimer. De baillonner mister Hyde. C’est d’expliquer que les solutions à vos problèmes ne sont pas simples. Mais la pub, ça n’a pas le temps d’expliquer. Elle doit être efficace. Le chômage ? L’insécurité ? C’est l’Autre. C’est " eux ". Aux difficultés réelles, on oppose des solutions simples comme un coup de fil, des slogans chocs. Au poids des maux, l’électrochoc à gogos.

C’est comme ça que la gangrène nationaliste gagne. On le voit dans les Balkans ou au Moyen Orient, où l’on se trucide d’autant plus allègrement que ce sont les responsables qui arment les mains des tueurs. Il va sans dire qu’à Hautmont, la situation est moins grave, mais Joël Wilmotte arme vos têtes. Contre les " Arabes ". Inutile de le nier. Contre les pauvres. Contre un prétendu " establishment " composé du monde extérieur, de l’intercommunalité, du sous-préfet, des gens de justice, et bien entendu, de la presse, honnie car encore plus ou moins libre, malgré ses tentatives perpétuelles de déstabilisation, de pressions financières.

Donc, Joël Wilmotte ne fait pas de la politique et vous n’êtes pas des électeurs. Il vous propose un " produit " adapté au " marché ". Vous n’êtes pas des citoyens, mais des consommateurs. Il le dit lui-même : il fait du " marketing politique ", autrement dit, il adapte ses propositions à vos demandes, comme le ferait Nike ou Coca-Cola. Mais lui, ne fait pas dans le light. Avec succès : il vous a d’abord déresponsabilisé, en désignant des coupables à vos soucis. Vieille technique que celle du bouc-émissaire. Et efficace : rappelez-vous Dreyfus. Puis, il vous a proposé des recettes, celles que mister Hyde souhaitait entendre. Qu’importe qu’elles aient échoué les recettes du Docteur Wilmotte, et qu’Hautmont perde ses subventions, ses habitants, et se paupérise année après année. Dans la pub, on ne parle pas de ça. Le monde de Wilmotte se doit d’être aseptisé, comme dans une réclame. Sans jeunes qui font du bruit ; sans différences ethniques ; sans pauvres surtout, ah, ces salauds de pauvres ! Le monde lisse de votre cinématographe intérieur, celui où l’on se repasse les films d’un " bon vieux temps " dont il continue d’entretenir l’illusion.

Dimanche dernier, vous n’êtes pas vraiment allés voter. Vous avez désigné votre produit de l’année. Pour moi, ce produit dont seul le packaging a changé, était déjà périmé bien avant sa mise en rayon.

Bruno WALTER

bwalter@nordnet.fr

Bruno Walter est journaliste indépendant et collabore à une dizaine de médias régionaux et nationaux